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La fabrication du sabre japonais
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YAKI-IRE: la trempe du métal

    Pour comprendre ce processus, il va nous falloir quelques notions de métallurgie. Nous avons vu que l'acier du sabre renferme de 0.6 à 0.8% de carbone. En le chauffant à 800°, le carbone se dissous dans le fer et donne un composé homogène, l'austénite, qui en cas de refroidissement lent (recuit), se décompose en 3 éléments : la ferrite, la cémentite et la perlite.

    Si le refroidissement est rapide, un seul élément se forme : la martensite. Si le refroidissement est intermédiaire, l'austénite se décompose en trootsite, composé fait de cémentite et de ferrite.

    Par l'utilisation de l'isolant en épaisseur croissante sur le métal, le forgeron va générer simultanément tous ces composés: dans la partie découverte, l'austénite se transforme en martensite, donc une structure plus dure. Dans la partie couverte, il y a création principalement de ferrite et de perlite.

    Ces variations thermiques vont déterminer l'aspect du HAMON et des éléments tels que le NIE et le NIOI ou Puis.

    Dans la pratique, on chauffe la lame et l'enduit avec du charbon de bois aux morceaux calibrés à 2cm afin que le feu soit régulier et la température constante. Le forgeron doit repérer la bonne température d'après la couleur du métal qui est censé être « couleur de la lune d'automne »ou « kaki bien mûr ». Il lui faut donc travailler dans l'obscurité pour bien saisir l'instant critique : la couleur réelle au bon moment était un des secrets de fabrication.

    Il passe lentement le sabre dans les charbons, d'avant en arrière, avec le tranchant vers le haut tout en actionnant le soufflet et en surveillant la couleur. Vers 700° (métal rouge-orange), il retourne la lame et recommence les passages. Quand le sabre est uniformément coloré, avec le tranchant plus chaud que le dos, la lame est plongée dans l'eau.

    L'UTSURI (reflet) est un effet intéressant mais assez rare que l'on retrouve parfois sur des lames de type BIZEN.  La technique qui avait été perdue a été redécouverte il y a quelques années.

    Il se présente comme un voile blanchâtre sur le coté du sabre reflétant la forme du HAMON. Il est d'ailleurs parfois nommé « second HAMON  », mais à tort, car il ne contient pas de cristaux de martensite.

    Pour l'obtenir il faut au forgeron beaucoup d'expérience et d'habileté: il doit chauffer la lame en 3 bandes longitudinales, le tranchant à 800°C, le dos à 700-720°C et les cotés à 750-760°C. A cette température l'acier est en phase transitionnelle entre perlite et austénite et on présume que Puis  est un mélange complexe de microstructures des 2 composés. Sa présence est le témoin d'une lame de grande qualité.

    On peut admirer au passage la capacité de l'artisan à juger la température à 10°C près seulement d'après la couleur du métal. Les variations thermiques produisent d'autres effets, en fonction de la composition de l'acier. On a vu que le forgeron pouvait incorporer des blocs d'un  taux différent de carbone lors du forgeage. Les couches à plus haut taux produisent plus de martensite au trempage, qui seront révélées au polissage sous la forme de stries  brillantes appelées INAZUMA (éclair) au niveau du tranchant,  KINSUJI  ou SUNAGASHI au niveau de la partie trempée, et CHIKEI  si elles se trouvent dans la partie non trempée (le JI). Si la distribution du carbone dans la lame est plus hétérogène encore, le trempage produira un « nuage » de microcristaux appelé NIOI  (parfum): structure continue blanche dans laquelle les cristaux ne sont pas individualisables, ou bien NIE  (bouillant): les cristaux, plus gros, forment une bande continue traditionnellement semblable à la gelée dans l'herbe. La présence de NIE  plutôt que de NIOI  signifie que la lame a été plus chauffée, et est donc susceptible d'être plus cassante. En réalité, de telles structures sur un sabre sont plutôt les témoins de sa bonne qualité.

    Le HABUCHI, la ligne frontière blanchâtre entre le HAMON et la partie non trempée, est en réalité fait de NIE ou de NIOI (ou de KONIE , cristaux de taille intermédiaire).

    Cette trempe bien réalisée obtient un HAMON  et un YAKIBA (partie trempée entre le HAMON  et le tranchant ou HA) d'un aspect régulier tout le long de la lame. Dans le cas contraire, on en déduit que la température du métal n'était pas uniforme au moment où il a été plongé dans l'eau, critère de mauvaise qualité.

    La température de l'eau est sensée être un autre des secrets de fabrication : la légende veut que l'un des forgerons les plus célèbres ait tranché la main que son apprenti avait plongé dans le bac afin de l'estimer.

    A l'heure actuelle, on a tendance à considérer qu'il suffit qu'elle soit inférieure à 40°C.

    Le maître forgeron Yoshindo procède ensuite à un léger recuit : il chauffe la lame de nouveau, mais légèrement (160°C), et la trempe encore: ceci dans le but d'adoucir la structure martensitique du tranchant qui, sinon, serait trop cassant. Cette méthode, nommée YAKI-MODOSHI, peut être répétée plusieurs fois: il faut être là très prudent, car trop chauffer le métal pourrait faire disparaître le HAMON.

    On peut également enlever préalablement l'enduit réfractaire et chauffer la lame à 200°C avant de la laisser refroidir à l'air: c'est le véritable recuit.

    Le sabre est alors soigneusement examiné, éventuellement après application d'une solution à 2% d'acide nitrique afin de mieux lire le HAMON. Si il a été trempé trop chaud, il peut y avoir des fissures dans l'acier, ou le HAMON  mal défini. A l'inverse, trempé pas assez chaud, le HAMON  peut être absent ou irrégulier. L ‘artisan peut alors chauffer au rouge le métal et le laisser refroidir: la lame reprend alors dans son intégralité sa structure Puis, et on peut reprendre le YAKI-IRE  depuis le début. Une bonne lame peut supporter jusqu'à 5 tentatives, mais il est évident que la qualité est meilleure quand la réussite est immédiate. Un bon quart, voire même la moitié des lames échouent à cette épreuve.

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