Menu Content/Inhalt
Les armures japonaises
Retour à l'accueil
Les armures japonaises Convertir en PDF
 

L'histoire des armures

Les formes primitives

    Elles sont inspirées des armures Chinoises et se trouvent jusqu' au XIème siècle. On en distingue 2 types: au tout début la forme TANKO à grandes plaques rivetées de fer ou de bronze,  puis la forme KEIKO, à lamelles (appelées ZANE) qui sont allongées et percées de multiples trous, afin de pouvoir les lacer dans plusieurs sens. Ces lamelles vont progressivement se réduire à la taille d'écailles (KO-ZANE), et certaines armures peuvent en compter jusqu' à 1500.

    Le type KEIKO était conçu pour des archers à cheval, souple et légère et prolongée par une jupe d'armes. On l'enfilait par la tête comme un poncho, et on l'attachait sur les cotés.

    L‘ancienneté  n‘exclut pas la complexité, puisque le modèle KEIKO  pouvait comporter 6 ou 8 types différents d‘écailles.

    Pour les alléger, le cuir fut utilisé en partie dans leur fabrication, ce qui nécessita l'usage de laque pour les protéger de l'humidité, ainsi que du laçage, de cuir également.

    A partir du IXème siècle, les lamelles laquées sont alignées horizontalement, et le laçage devient décoratif, avec des cordons de soie colorée: ce sont les prémices des formes classiques.

    Dans le même temps existent des protections plus simples, sous la forme de tuniques de cuir sur lesquelles sont cousues des plaques de métal, semblables à celles des guerriers Normands, qu'utilisent surtout les fantassins , et également des plaques de cuir épais cousues sur des tuniques de coton.

    Pour la période qui va du VIIIème jusqu‘au XIème siècle, de nombreux points restent obscurs, car l‘arrivée du Bouddhisme va faire privilégier la crémation, et il y a donc peu de tombes à fouiller, ce qui limite les recherches archéologiques.

Haut de la page

Les formes classiques

    A partir du IXème siècle apparaissent les formes classiques, mais elles ne supplantent pas immédiatement  les formes primitives: comme à chaque changement de style, la transition est très progressive (quasiment 2 siècles).

    A cette même époque,  les  montages lacés en soie deviennent de plus en plus compliqués, spécifiques de l'armure Japonaise et dureront jusqu'au XVIème. Cette soie est en général colorée, le blanc étant trop salissant, et le bleu est la couleur privilégiée car, parmi les colorants naturels utilisés, le bleu est celui est celui qui agresse le moins la soie.

    Au début, la noblesse, traditionnellement cavalière et archère, porte le grand harnois, rigide et lourd (O-YOROI) de 25 à 30 kilos, formé d' une cuirasse (DO) faite de 2 parties distinctes et complétée par une jupe d'armes (KUSAZURI) à 4 tassettes.

    La 1ère partie est composée d'une plaque de métal protégeant le coté droit (TSUBO-ITA), prolongée en bas par une des tassettes, et à laquelle se rajoute la 2ème partie, faite de lamelles d'acier (et parfois de cuir) laquées en noir  lacées entre elles en rangs superposés qui enveloppe le reste du torse, les 3 autres tassettes y étant suspendues.

    L'ensemble est suspendu à des bretelles de métal rembourrées par des cordons. Tout le poids est donc supporté par les épaules et convient bien mieux à un cavalier qu'à un fantassin.

    Les zones des cordons des bretelles sont protégées par de petites pièces:

  • à gauche, une plaque de fer monobloc, recourbée vers le bas (KYUBI NO ITA).
  • à droite, une plaque de lamelles lacées (SENDAN NO ITA) plus grande mais plus souple pour ne pas gêner les mouvements de l'archer tout en protégeant l‘aisselle droite qui est alors plus exposée.

    Latéralement, les jointures d'épaule sont protégées par de grandes épaulières (O SODE), faites de lamelles lacées prolongées en haut par une plaque d' acier (KAMURI ITA), afin de protéger également le cou.

    La cuirasse est complétée par un brassard de tissu cousu de pièces de métal (KOTE) qui protège les bras, et des jambières (SUNEATE) qui vont des chevilles aux genoux.

    Esthétiquement, les plaques métalliques sont recouvertes de daim imprimé (qui sert également à éviter que la corde de l‘arc ne se prenne entre les plaques), on utilise des cordons de soie colorée et des garnitures de cuivre doré. C‘est joli, mais un peu chargé. (fig 1, fig 2, fig 3, fig 4)

    La cuirasse O-YOROI  la plus ancienne connue (Xème siècle), conservée au Oyamazuni jinja, avait des cordons de 6 couleurs différentes. Comme les formes KEIKO, le laçage est uniquement vertical descendant, mais les formes ultérieures auront un laçage plus complexe.

    Les fantassins portent une cuirasse plus légère qui existe sous 2 formes:

  • La forme DO-MARU qui se ferme sur le coté droit et qui, outre la cuirasse, comporte une jupe d'armes à 7 ou 8 tassettes. (fig B)
  • La forme HARAMAKI  ("qui enveloppe le ventre") quasi identique mais qui se ferme dans le dos (fig 5). Elle est d'apparition plus tardive (XIVème siècle), et comporte une plaque de lamelles de métal pour protéger le laçage dorsal (SE ITA ou OKUBYO ITA). Un samouraï n'étant pas sensé tourner le dos à l'ennemi, on l'appelait plaque des lâches (ben tiens!). (fig A - haut)

    Les fantassins ne portent pas de grandes épaulières (SODE) pour ne pas être gênés lors du maniement du sabre ou de la lance, mais de petits renforts d'épaules (GYOYO) en forme de feuille.

    A partir du XIIIème siècle, les cavaliers abandonnent progressivement le grand harnois, trop lourd et encombrant, et adoptent ces cuirasses légères. Ils les complètent avec de grandes épaulières, comme pour les O-YOROI, afin d'avoir une meilleure protection contre les flèches, car les nobles restent avant tout des cavaliers et des archers, et encore assez  peu des sabreurs.

    Cet abandon au profit de la légèreté est du aux leçons des combats lors des tentatives de conquête du Japon par les Mongols. On se bat maintenant aussi à pied, au sabre, à la lance (YARI) et au fauchard (NAGINATA). Et cette tendance va se confirmer lors des longues guerres civiles opposant les cours du Nord et du Sud (époque NAMBOKUCHO  1336-1392)

    Progressivement, on y ajoute des  nouveautés: le tablier de protection des cuisses (HAIDATE), qui existe aussi pour les formes tardives des O-YOROI. (Lesquels existeront jusqu' à la fin du XIVème, et au delà comme armures d'apparat) car on a raccourcit le vieux harnois pour l'alléger, exposant ainsi les cuisses. On ajoute aussi le gorgerin (NODOWA), pour protéger le haut de la poitrine et la gorge, jusqu' à présent  relativement exposées. On va également adopter la cotte de maille (KUSARI), faite de maillons ronds et ovales, pour renforcer les brassards. Les plaques de protection des cordons de bretelles, SANDAN NO ITA et KYUBI NO ITA, sont remplacées par de plus petites en forme de feuilles nommées GYOYO qu‘on a emprunté aux fantassins.

    A cette époque apparaît le style KAWATSUTSUMI: pour pouvoir réutiliser de vieilles armures, on les recouvre de cuir, ce qui cache les reprises de ZANE dépareillés. (fig A - bas)

Haut de la page

Les formes "modernes"

    Au XVème éclate la guerre civile de l'ère d'ONIN (1467-1478), longue et violente, elle va influencer fortement la structure même des armures.

    Les combats de près, à la lance, vont montrer la limite de résistance des cuirasses. Les forgerons vont alors proposer des armures montées à partir de lames rigides d'acier forgé, lacées au début, puis rivetées.

    Le laçage est lui même modifié: il est espacé, simplifié, les plaques de métal sont moins perforées et l'ensemble est donc plus solide. Les réparations sont également facilitées, facteur important dans ce contexte de guerre permanente.

    Dans le même temps, les cuirasses se cintrent pour faire porter le poids sur les hanches au lieu des épaules. Afin de rendre les armures plus pratiques, on essaye de réduire et d'alléger les éléments, en particulier les épaulières qui, devenues plus petites prennent le nom de KOSODE. Elles peuvent  parfois même être supprimées et remplacées par un simple renforcement des mailles métalliques de la partie haute des brassards (BISHAMON GOTE). Le maniement  du sabre, qui a supplanté l'arc, en est ainsi facilité.

    L'ensemble de ces formes, qui regroupe de multiples styles, est regroupé sous le nom de TOSEI GUSOKU, c'est à dire "équipement moderne". (fig 6)

    Les guerres civiles suivantes (Époque des Provinces en Guerre 1490-1600) vont faire généraliser les armures de fabrication simple et rapide et, au XVIème siècle, le rivetage va l'emporter sur le laçage, les lames de métal (parfois de cuir laqué) étant disposées horizontalement ou verticalement.

    Le montage des  modèles faits de lames rivetées évoquant le montage des pièces de bois d' un seau (OKE), ces cuirasses sont appelées OKEGAWA DO,  (ou YOKOHAGI DO (fig 7) dans le cadre de structure horizontale et TATEHAGI DO  à structure verticale (fig 8, fig 9)), tandis que les modèles lacés, (génériquement nommés MOGAMI DO) (fig 10), du fait du nouveau laçage en croix alternant cuir et soie sont appelés HISHINUI DO (littéralement "point de croix").

    L'uniformisation des équipements présente un défaut inattendu: on ne différencie plus les amis des ennemis sur le champ de bataille. De ce fait, une originale innovation apparaît à cette époque: le SASHIMONO, petit étendard porté dans le dos pour reconnaître le camp de chaque combattant. Pour le fixer, on ajoute un anneau entre les omoplates et un point d'appui pour la hampe au niveau lombaire.

    Le laquage de différentes teintes va également permettre de se singulariser. Ainsi la famille Ii va laquer de rouge ses meilleures troupes. (fig 11)

    L'amour de la tradition est cependant puissant au Japon, et l'abandon des cuirasses à écailles à l'ancienne froisse certains. Mais, déjà,  les Japonais sont capables de marier tradition et modernité, et les forgerons vont créer des cuirasses faites de longues lames de métal dentelées, afin d'imiter des écailles (cuirasses NUINOBE DO). Certains chefs de clan vont continuer à porter des armures DO-MARU  pour affirmer l'ancienneté de leur famille.

    L'apparition des arquebuses va modifier encore la donne: il faut des structures résistantes à un impact violent et très localisé, la fragilité relative des zones de jonction des lames est donc un problème. Il va être résolu par  l'emploi de plaques d'acier, plus grandes et plus épaisses que les lames jusqu'à présent utilisées.

    Il est à noter que les armures Japonaises rejoignent alors les principes de rigidité de leurs homologues Européennes, mais elles resteront beaucoup moins lourdes grâce à la meilleure qualité des aciers utilisés. Elles pèsent environ 20 kg, contre environ 35 kg en Occident, voire même plus (!).

    Cette rigidité va induire une nouvelle notion, celle d'articulation.

    Pour pouvoir l'enfiler et la transporter aisément, elle est divisible en unités séparables, réunies par des lanières ou des charnières. Si elle comporte 2 pièces, articulées à gauche, elle se nomme NIMAIDO (structure habituelle jusqu'à présent), mais le nombre d‘éléments peut également être supérieur à cette époque.

    On doit souligner la très intéressante GOMAI DO, en 5 parties et à 4 séries de charnières. Cette forme fut appelée par la suite YUKINOSHITA DO (fig 13), car elle avait été inventée par Myochin Hisaiye qui habitait dans le village de Yukinoshita. Lui et son fils Masaiye sont sensés avoir inventé la cuirasse en plaques pleines articulées. (fig 14).

    On peut en rapprocher le modèle SENDAI DO (fig 12) ("cuirasse de la région de SENDAI") dont le port fut généralisé dans l'armée de Date Masamune de Sendai qui se différencie de la précédente par sa partie avant, constituée de 3 plaques solidarisées par laçage.

    Ces structures  étant, comme on vient de le voir plus rigides, de nouvelles formes esthétiques vont voir le jour. Parmi elles, citons HOTOKE DO ("cuirasse des Dieux et Saints Bouddhiques") où le métal est recouvert de laque, créant une surface lisse se prêtant à des recherches décoratives. (fig 15)

    Citons également la forme NIO DO "cuirasse du démon" et ABARA DO "cuirasse à côtes" , en fer repoussé et laqué, imitant une poitrine d' homme nue. (fig 16) pour rappeler le Bouddha mourant de faim.

    L'usage des arquebuses va limiter d'autant celui de l'arc, et les épaulières, devenues moins utiles, vont devenir encore plus petites.

    Des armures occidentales vont être importées et modifiées pour correspondre aux exigences Nippones: on va remplacer les courroies en cuir par des charnières, on va laquer les surfaces d'acier nu, et on va panacher avec des éléments typiquement Japonais pour les compléter. Ces équipements, totalement occidentaux ou mixtes, sont nommés "NAMBAN"  ("barbares du sud", car pour les Japonais, tout ce qui est étranger est barbare, et les bateaux occidentaux  semblaient venir du sud).

    Les artisans Japonais, qui ont déjà copié les armes à feu des Européens, vont également utiliser le principe du bréchet des armures Espagnoles: cette crête verticale sur le devant de la cuirasse dévie les impacts. L‘armure prend alors le nom de HATOMUNE DO  ("en forme de gorge de pigeon").

Haut de la page

Les formes de la période EDO

    La prise du pouvoir par les Shogun TOKUGAWA  au début du XVIIème siècle va ramener une paix autoritaire, agrémentée de lois somptuaires qui va pousser les nobles à se faire confectionner des armures d' apparat luxueuses mais peu adaptées au combat, utilisant des métaux de qualité inférieure.

    Certains clans guerriers, comme les DATE de la province de SENDAI, vont  néanmoins continuer la tradition de la fabrication et du port de véritables armures aptes au combat.

    Les artisans ayant moins de commande en temps de paix, il vont déployer beaucoup de temps et d'imagination dans la création de nouveaux modèles, puis dans leur amélioration, et enfin probablement à cours d‘idées, ils se mirent à recopier les styles anciens. (fig 17 et fig 2)

    Ne prenant pas la peine d‘observer les armures conservées dans certains temples, ils vont mélanger allègrement les styles des différentes époques, créant de curieuses compositions. Ils vont même à l‘occasion récupérer des pièces anciennes, les mélangeant avec d‘autres, y compris récentes.

    Dans un deuxième temps, à la fin du XVIIIème siècle, les armuriers vont enfin s‘intéresser aux modèles anciens conservés dans les sanctuaires et en réaliser des copies tout à fait remarquables.

    Travaillant à présent uniquement pour l‘élite aristocratique du Japon, ils vont devenir l‘élite des   artisans Japonais, et la coutume de signer les oeuvres devient systématique, alors qu ‘elle était assez peu répandue au départ. L'aspect étant devenu une qualité prioritaire, on va utiliser le cuivre doré, l'argent, le SHAKUDO (alliage or / cuivre), le SHIBUICHI (argent /cuivre). Le cuir va parfois remplacer l'acier pour alléger la cuirasse.

    La production de cette époque est relativement abondante si on se réfère à la paix qui règne au Japon, et beaucoup des armures que l'on trouve actuellement en sont issues. Tous les styles sont retrouvés, anciens et modernes, mais toujours en privilégiant l'esthétique.

    L'ère MEIJI et sa volonté de modernisation va changer tout cela. Les armures vont disparaître et être remplacées par des uniformes de type Européen.

    Quelques rares forgerons vont subsister en travaillant pour l'Empereur: les armures vont devenir des cadeaux symboliques de très haute valeur.

    A l'époque actuelle, il existe encore des artisans armuriers en activité qui travaillent pour des collectionneurs fortunés et entretiennent ainsi cette tradition.

Haut de la page