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Les casques des Samourais (Kabuto)
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Les casques des Samourais (Kabuto) Convertir en PDF

Rédigé par Jean-Pierre Blanchard

Les casques ont existé dans toutes les civilisations guerrières, et les Japonais n'ont pas fait exception à la règle. Au contraire, comme pour les armures et les sabres, ils n'ont cessé de rechercher et de progresser, alliant la notion d'efficacité à celle d'esthétique, jusqu'à la beauté étrange des créations du XVIème, dites "casques extraordinaires".

    Les casques ont existé dans toutes les civilisations guerrières, et les Japonais n'ont pas fait exception à la règle. Au contraire, comme pour les armures et les sabres, ils n'ont cessé de rechercher et de progresser, alliant la notion d'efficacité à celle d'esthétique, jusqu'à la beauté étrange des créations du XVIème, dites "casques extraordinaires".

    Vers les IVème et Vème siècles, les plus anciens modèles connus, simples et adaptés aux technologies de l' époque, étaient de type hémisphérique: Mabisashi tsuki kabuto constitué par de petites écailles de métal et d'une plaque circulaire où est fixée la visière (Mabisashi), puis Shokaku tsuki kabuto caractérisé par une protubérance antérieure dite "bec de perroquet" (fig1), constitué par des bandes circulaires alternées avec des morceaux de plaque triangulaires. Ils sont importés de Chine ou copiés sur ceux-ci, et tous les styles ultérieurs en sont issus.

    Il y a peu d'évolution lors des siècles suivants, mais les progrès des armuriers et des métallurgistes  dans le cadre de petits conflits répétitifs vont amener des modifications de plus en plus rapides.

    Aux XIème et XIIème siècles, on trouve associé à l'armure primitive O-YOROI des casques réellement Japonais. Le timbre (bashi) est toujours hémisphérique, mais très bas, constitué de plaques verticales (de 10 à 32), qui se réunissent au sommet autour d'une large ouverture (tehen no ana) par où passe la chevelure: le chignon traditionnel des guerriers, ce qui stabilise le casque.

    Les plaques sont solidarisées par des rivets à large tête (hoshi), et le timbre ainsi obtenu (nommé logiquement hoshi bashi) est complété par une visière plongeante et convexe (mabisashi), et par un couvre nuque (shikoro) constitué de 5 rangs de lames horizontales (kozane) recourbées en ailerons à leurs extrémités antérieures (fukikaeshi). Les lames de ce couvre nuque sont solidarisées par des liens de cuir, ce qui lui confère la flexibilité nécessaire lors des combats.

    Le bas du timbre est constitué par une lame métallique (koshimaki) à laquelle se fixe le couvre nuque. (fig 2, fig 3)

    Une doublure de cuir tapisse l'intérieur, et des liens, de cuir également, se fixant au casque par des ouvertures dans le métal du timbre, s'attachent ensuite sous le menton.

    Pour être Samourai, on n'en pas moins coquet, et les cicatrices sur le visage n'étant pas à la mode, apparaissent à cette époque les protections de face, protégeant le front et les joues (hatsuburi et happuri).

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    A partir du XIIIème siècle (ère de KAMAKURA), quelques modifications apparaissent:

    Le timbre devient plus petit et comporte un plus grand nombre de plaques, toujours solidarisées par des rivets à grosse tête. (fig 4)

    Les liens de la jugulaire ne traversent plus le métal, mais se fixent au bord inférieur du timbre.

    L‘ouverture au sommet ne sert plus à faire passer les cheveux, son diamètre est réduit et sa périphérie est décorée (tehen no kanemono).

    Enfin les kuwagata apparaissent: ce sont 2 grandes cornes qui se fixent à l'avant du casque.

    Au XIVème siècle (ère de NAMBOKUCHO), les guerres deviennent incessantes, et l'armement fait des progrès, y compris au niveau des casques: les rivets à grande tête disparaissent car les plaques qui constituent le timbre sont désormais soudés bord à bord, avec un léger recouvrement, et le bord recouvrant est recourbé à l'extérieur, créant ainsi une arête verticale (suji) par élément.

    Ce montage, techniquement difficile, donne une bien meilleure résistance, sans augmentation de poids. On appelle suji-bashi kabuto le casque obtenu par cet assemblage. (fig 5)

    Cette sorte de timbre, très classique, sera longtemps utilisée et arrivera à maturité au début du XVIème siècle avec deux des meilleurs forgerons Japonais connus : Myochin Nobuie (Fondateur de la lignée/Ecole Myochin), et Yoshimichi .

A la partie arrière du timbre, à mi-hauteur, apparaît un anneau (agemaki no kan ou kasajirushi no kan) ou passe un cordon noué en noeud décoratif qui peut servir de moyen d'identification. (fig 5 bis)

    Le shikoro (couvre nuque) jusqu'à présent quasi vertical, se redresse comme un parasol pour faciliter les mouvements de la tête, ce qui expose un peu plus la figure.

    La protection du visage est alors améliorée par le port du hoate ou du hanbo (qui sont très proches) qui protègent le menton et les joues et qui sont prolongés vers le bas par des lames horizontales solidarisées par des cordons, protégeant ainsi la gorge (yodarekake). Pour permettre d'attacher fermement les liens du casque sous le menton métallique du hoate, celui-ci est en général proéminent et doté de pitons. (fig 6)

    Un autre élément fait son apparition dans ces temps guerriers: le nodowa. C‘est un gorgerin indépendant, porté comme une bavette, qui protège le bas du cou et le haut de la poitrine.

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    Dans le milieu de ce très violent XIVème siècle, on cherche aussi à alléger, et pour cela le couvre-nuque et les ailerons latéraux vont être progressivement raccourcis. Les cornes frontales (kuwagata) vont être beaucoup plus petites et encadrer une épée stylisée (ken).

    Ceci a en outre l'avantage de faciliter le maniement du sabre à 2 mains dans les combats à pied, alors que dans les périodes antérieures, on combattait à l'arc ou avec le sabre d'une main car on était à cheval. Mais les tentatives d'invasion Mongoles du XIIIème siècle ont appris aux Japonais  l'intérêt des unités d'infanterie sachant manoeuvrer face à la cavalerie.

    Puis la recherche esthétique va intervenir et on va embellir la forme du timbre: il va être allongé d'avant en arrière, et, au début du XVème se renfler et s'élever à l'arrière, adoptant l'aspect (en tout cas pour les Japonais de l'époque), d'une sorte de brûle parfum dont il porte alors le nom: akoda-nari. (litt. en fait en forme de melon). Il est souvent également orné de décorations en forme de flèches en relief sur les plaques antérieures et postérieures (shinodare). (fig 7)

    Outre cet akoda-nari, le timbre va prendre au cours du temps plusieurs formes : kosho-zan (le plus classique), kozei-zan, tenkoku-zan, zansho-zan, heicho-zan.

    Coté guerre civile, le XVème siècle n' est pas mal non plus avec à partir de 1467 la guerre de l'ère ONIN qui va elle aussi donner aux forgerons l'occasion de créer et d'innover.

    Comme on doit être de plus en plus coquet (je présume), le hoate est complété par une protection nasale: il prend ainsi le nom de mempo. Au début riveté, ce supplément nasal somme toute encombrant, devient démontable par des charnières ou des pitons. (fig 8). Le mempo peut représenter de nombreuses expressions faciales, ou figurer des déités comme les tengu, créatures mi-homme mi-oiseau quasi invincibles au combat et reconnaissables à leur nez en forme de bec de corbeau. (fig 9)

    A la fin du XVème, apparaissent des masques couvrant toute la face (somen), mais il gênent trop la vision et ne se répandent guère.

    Ce siècle va voir une innovation qui va simplifier le travail des historiens spécialisés: les forgerons sont devenus des artistes à part entière et signent leurs oeuvres, et parmi eux les IWAI (l'école la plus ancienne), les HARUTA et les fameux (et très nombreux) MYOCHIN. Ces 3 écoles seront les plus fameuses car elles seront fournisseurs officiels du bakufu (gouvernement militaire).

    Le XVIème siècle, époque dite "des provinces en guerre" est caractérisée par de multiples conflits entre les différents seigneurs locaux (daimyo), devenus indépendants de fait après les guerres civiles qui ont fait s'effondrer l'autorité de l'Empereur ou du Shogun.

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    Les armures sont produites en masse, et leur construction est simplifiée pour faire face à la demande, car chaque seigneur veut étoffer son armée.

    On va donc trouver à la fois des réalisations très élaborées pour la noblesse, et des formes qui le sont beaucoup moins pour les troupes.

    En guise de masques, on se contente de nouveau de simples mentonnières (hoate), produites en série également.

    En ce qui concerne les casques, au début, la forme du timbre se modifie encore: il devient plus haut et plus droit, constitué de 8 à 62 plaques, et l'école MYOCHIN qui en fabrique devient célèbre par la qualité de ses réalisations (le suji-bashi moderne ou koshozan à 62 lamelles aurait été inventé par Nobuie Myochin fig 10). Dans le même temps, Yochimichi (qui serait issu d'une branche cadette de la famille MYOCHIN) travaille dans le même style, mais avec l'innovation des lamelles en "S" qui laissent un petit espace entre elles au chevauchement permettant d'amortir les chocs. (fig 11)

    Le troisième grand nom de l'époque est celui de Saotome (gendre de Nobuie) proche dans le style des deux précédents. Ces 3 Maîtres auront des élèves et des successeurs et la branche de Nobuie durera jusqu'à l'ère MEIJI.

    Par ailleurs, les rivets sont réintroduits, mais avec des têtes plus petites que sur les casques anciens, réalisant parfois des motifs esthétiques de rangées de rivets à taille décroissante, et les fukikaeshi (parties antérieures retournées du couvre nuque) deviennent de plus en plus petits.(fig 12)

    Puis, à l'approche de la moitié du XVIème siècle, on voit de plus en plus des casques ne comportant que 4 ou 6 plaques, puis seulement 3: cette forme, simple et fonctionnelle, prévue pour la petite noblesse va connaître beaucoup de succès sous le nom de zu-nari bachi (littéralement: timbre en forme de tête) ou hineno-nari. (fig 13). On peut citer accessoirement le etchû kabuto qui ne se distingue du hineno que par la jonction de la plaque centrale avec la visière, et c'est de ces deux formes que s'inspire le casque de DARTH VADOR dans "La guerre des étoiles" (fig 13 bis).

    Le timbre est constitué d'une large plaque centrale bombée et de 2 autre dressées latéralement.

    Le shikoro (couvre nuque) devient presque vertical, près du cou, et son bord inférieur n'est plus horizontal mais sinueux, suivant le contour de la nuque et des épaules.

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    Le problème est que la surface du timbre est lisse et que la forme ne varie guère, ce qui va contrarier des guerriers avides de reconnaissance et de gloire: on ne les identifie pas individuellement, les casques et les armures se ressemblant du fait de la production en série.

    On va alors porter un petit étendard dans le dos (sashimono), on va laquer le métal et orner les casques. Ceux ci peuvent être agrémentés de grands ornements (voire même très grands) (fig 14), et  recouverts de cuir, de bois sculpté ou de papier mâché.

    En effet, les structures élaborées de la décoration deviennent trop volumineuses pour être réalisées en métal: le poids en serait beaucoup trop important. Ces montages sont ensuite soigneusement recouverts de plusieurs couches de laque. Ces casques vont être connus sous le nom de "kawari kabuto" (casques extraordinaires).

    Le chef peut ainsi être reconnu par ses troupes, les officiers aussi, mais il ne faut pas les confondre entre eux, alors les formes vont se multiplier (bonnet de cour "eboshi" (fig 15), tête d' animal, coquillage (fig 16), serviette enroulée (fig 16bis), hache (fig 16ter) etc. Les ornements  vont connaître la même inflation: outre les mon (blasons), on trouve des cornes de cerf, de buffle (fig 17), des diables, des Dieux (fig 18), des dragons, des poissons (fig 19, fig 19bis), des oreilles de lapin (si,si! fig 20), et bien d'autres encore. On va décorer éventuellement les cotés ou l'arrière ou même le dessus du casque. (fig 21)

    On frôle parfois le ridicule. (de très, très près). (fig 22, fig 23, fig 23 bis, fig 23 ter)

    Dans la deuxième moitié du XVIème siècle, l'arrivée des Européens va bouleverser toute la donne.

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    Le style namban (étranger) va apparaître pour les armures et les casques, mais surtout les arquebuses vont obliger les armuriers à reconsidérer leur travail.

    On va utiliser des plaques de métal plus épaisses, pour résister aux balles, et de nombreux casques et armures montrent un impact de test (tameshi) qui prouve à l'acheteur leur résistance aux armes à feu.

    On va également importer des cuirasses et casques Européens qui vont être modifiés au goût Japonais: Les Morions (casques Européens) se portent inversés, et on y ajoute bien sûr un couvre nuque, un frontal et un porte insigne. C'est le style nanban. (fig 24)

    Bien entendu, les Japonais en font illico des copies, car ils s'aperçoivent bien vite que la qualité de l'acier Européen est inférieure à celle de l'acier local.

    On va même créer des casques s'inspirant des chapeaux Européens. (fig 25, fig 25bis)

    Au XVIIème siècle, les Tokugawa vont unifier le Japon, et une ère de paix de deux siècles (l'époque d'EDO) va commencer. Pour autant, les armuriers ne vont pas se retrouver sans occupation: Les seigneurs vont entretenir des troupes de prestige. La quantité d'équipement va être réduite au profit de la qualité, mais plus dans l'optique de l'esthétique ou de la symbolique que de la résistance au combat. (fig 26)

    On va fabriquer beaucoup dans les styles des époques passées, parfois même en les mélangeant.

    Les casques anciens sont récupérés, démontés et remontés dans des formes différentes.

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    Les artisans étalent leur virtuosité, car un seigneur doit "paraître" en montrant les dernières créations hors de prix de grands armuriers. Ils sont par ailleurs encouragés à cette attitude par les lois somptuaires des Shoguns.

    Par exemple, les plaquettes verticales constituant les timbres des casques se multiplient: de quelque dizaines, elles passent à 120 (fig 27) ou 140 (il y a même un cas à 200 éléments).

    D'autres créent des casques en fer repoussé (uchidashi), parfois à partir d'une seule plaque de métal. (fig 28)

    Des styles uniques apparaissent, qui ignorent délibérément la fonction défensive au profit de l'aspect, comme le style des forgerons Unkai, précurseurs du style de la province de KAGA (fig 29)

    Au niveau du visage, de nombreux styles anciens coexistent et on voit revenir le masque entier abandonné au XVème (somen), (fig 30, fig 31, fig 32) souvent fait d' un demi masque inférieur (mempo) auquel on soude une plaque frontale.

    L ‘ intérêt pour les styles anciens conduit à les étudier plus sérieusement, grâce aux armures conservées dans les temples et les sanctuaires: à la fin du XVIIIème et au cours du XIXème siècle les copies sont très fidèles. Les vieux harnois O-YOROI reviennent même à la mode.

    A la fin du XIXème siècle, s'ouvre l'ère MEIJI qui coïncide avec l'ouverture du Japon au monde extérieur. Les  armures et casques d'apparat vont être remplacés par des uniformes de style Européens. Les artisans vont presque tous disparaître, ceux qui vont rester ne travailleront plus que pour des commandes spéciales de prestige, telles que des cadeaux pour les chefs d'état étrangers (l'armure offerte à la reine d'Angleterre est au Victoria and Albert Museum de Londres).

    Actuellement, de rares spécialistes fabriquent toujours casques et armures pour des (très) riches amateurs éclairés.

    Pour les moins fortunés, on peut trouver sur Internet un site Américain qui vous explique comment les fabriquer vous même (!) http://www.sengokudaimyo.com

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