Menu Content/Inhalt
Les sabres japonais
Retour à l'accueil
Les sabres japonais Convertir en PDF

Structure de la lame

Fabrication de la lame

    Le mieux est de se référer au texte du même auteur dans le même site qui détaille les phases complexes de la forge traditionnelle.

Examen de la lame

(Illustration 1)

Le JIHADA

    Le forgeage par re-pliage du métal, selon la méthode utilisée, va produire une structure, un « grain » du métal qui est visible sur la portion (nommée JIGANE) comprise entre le tranchant et l'arête médiane longitudinale (nommée SHINOGI).

    Ce « grain » (JIHADA ou HADA) est plus ou moins serré et est révélé par le polissage. Il doit être en harmonie avec le HAMON (dessin de la ligne de trempe). En fait, la beauté de la lame repose en partie sur cette harmonie. L'examen des 2 éléments, associé à celui de la forme de la lame, va permettre de dater sa fabrication, de la rattacher à une école de forgerons, et souvent d'identifier le forgeron lui-même.

    Les principaux types de grain sont :

  • MASAME (grain droit ou ondulé et longitudinal)
  • ITAME (grain en veine de bois de madrier)
  • MOKUME (grain en veine de bois serrée ou ronce de noyer) : ce grain MOKUME est rarement seul sur la lame ; il est souvent mélangé à un grain ITAME.

    Des sous divisions de grain existent, selon qu'il est « large » (O) ou « fin » (KO) et permettent une description plus précise (KO ITAME, O ITAME, KO MOKUME).

    Des formes plus rares et plus spécifiques existent :

On décrit un « grain de crêpe de soie » (CHIRIMEN HADA) de l'ancienne école AOE de BITCHU, un « grain de la farine de riz » (KONUKA HADA) de l'école HIZEN, un grain « cryptomeria croisé » (AYASUGI HADA) des écoles GASSAN et NAMINOHIRA, un grain encore plus fin nommé NASHIJI « peau de poire », un « grain miroir » ultra fin (KAGAMI HADA) de la fin de l'époque EDO ou un « grain de l'écorce de pin » (MATSUKAWA HADA) de NORISHIGE de la Province de ETCHU.

    Des structures cristallines nommées NIOI et NIE, qui forment le HAMON (ligne de trempe), montent parfois au-dessus de la ligne de trempe, sous la forme de traînées plus ou moins importantes.

    Le NIOI  « parfum »  est une formation de martensite (forme de cristallisation de l'acier liée au trempage de la lame). Elle se présente comme une structure continue blanche dans laquelle les cristaux ne sont pas individualisables à l'œil nu. Elle a été comparée à la voie lactée une nuit d'automne ou aux traînées de brouillard au petit matin...

    Le NIE  « bouillant »  est également une formation de martensite, mais les cristaux sont plus gros, individualisables à l'œil : les traînées de NIE ressemblent traditionnellement à la gelée sur l'herbe.

    Lorsque ces structures montent sur le JI (coté de la lame en général) au-dessus du HAMON, ce sont souvent des JINIE, grains à la taille limite entre NIE et NIOI, pouvant se présenter sous la forme de taches (JIFU) ou de lignes (CHIKEI). Des lames de haute qualité présentent parfois une ligne plus ou moins continue de NIOI qui double la ligne de trempe : cette ligne porte alors le nom de UTSURI  « reflet ».

    Afin d'obtenir un aspect très varié, les forgerons tardifs de la période EDO vont, lors du forgeage/re-pliage, mélanger des aciers de qualités différentes, obtenant une surface finie évoquant les lames orientales dites DAMAS.

Le HAMON

(Illustration 2)

    Le HAMON est la ligne séparant la partie trempée (YAKIBA) du reste de la lame, le tranchant à proprement parlé est alors nommé HA.

    Pour simplifier, certains auteurs nomment le HAMON : « NIOI GUCHI » et le YAKIBA s'appelle alors HA (ou HAMON !!).

    On va garder la première définition.

    Le YAKIBA se présente comme une traînée de couleur laiteuse qui suit le tranchant, et qui est composée de NIOI et de NIE. Ces cristaux peuvent former des dessins : On peut y trouver des lignes verticales ou inclinées allant du HAMON au tranchant qui sont nommées ASHI  « jambes », et YO « feuilles » si elles ne remontent pas jusqu'au HAMON. Si les lignes sont parallèles au tranchant, elles se nomment SUNAGASHI, si elles sont parallèles au HAMON, avec parfois des extensions irrégulières vers le tranchant, elles sont KINSUJI ou INAZUMA « éclair » quand elles sont en zigzag. Ces 2 aspects sont plutôt retrouvés dans les lames anciennes de SOSHU.

    Si la ligne de cristaux de martensite parallèle au HAMON forme un véritable dédoublement de celui-ci, elle est alors nommée NIJU BA.

    Le HAMON dessine une ligne plus ou moins régulière et chacun de des tracés possède un nom et peut être parfois typique d'une école ou même d'un forgeron. (Illustration 3)

    Le HAMON le plus fréquent, dans toutes les périodes, est droit (SUGUHA) (Illustration 4), mais bien des formes existent. Par exemple, quand il est très irrégulier, il est MIDARE (Illustration 5), et quand il est fortement ondulé, il est GUNOME (Illustration 6), une ondulation irrégulière est GUNOME MIDARE (Illustration 7). Une ondulation légère est NOTARE (Illustration 8). Au début de l'époque KAMAKURA, les forgerons des provinces de BIZEN et BITCHU fabriquèrent des lames avec un HAMON nommé CHOJI  « clou de girofle » (Illustration 9) ressemblant théoriquement à une rangée de clou de girofle en bouton (on dit aussi « rangée de trèfle »).  A la fin de l'époque KAMAKURA, ce style se répandit dans les autres provinces. La province de YAMASHIRO se distinguant en réalisant le CHOJI en NIE (au lieu de NIOI comme à BIZEN). A cette même période, le HAMON GUNOME était aussi assez fréquent.

    A la toute fin KAMAKURA /début NAMBOKUCHO, les grands forgerons KUNIMITSU et MASAMUNE de l'école SOSHU produisirent des sabres au HAMON complexe, exubérant de cristaux de martensite (jusque dans le JIHADA sous la forme de CHIKEI). Ce HAMON mélange NOTARE (ondulation), GUNOME et  MIDARE, avec KINSUJI et SUNAGASHI.

    Les élèves de MASAMUNE et leurs successeurs vont produire des lames au HAMON moins flamboyant. On trouve des taches de métal trempé au-dessus du HAMON (TOBIYAKI), parfois tout le long de la lame (HITATSURA).

    Durant l'époque MUROMACHI, d'autres formes de HAMON apparurent, dont plusieurs types de GUNOME. Le forgeron KANESADA de SEKI inventera la forme HAKKO GUNOME « en forme de boîte » ou UMA NO HA GUNOME « en forme de dent de cheval ».

    KANEMOTO de SEKI (MINO) va créer le SAMBON SUJI  « triple cryptomeria » : le HAMON évoque une rangée de cryptomerias (conifères japonais), dont 1 sur 3 est plus haut que les autres. Cette forme va être très fréquente dans le style MINO. (Illustration 10)

    Durant l'époque EDO, le HAMON devient encore plus inventif : citons le TORAMBA ou TORAN HA « vague déferlante » de SUKEHIRO d'OSAKA (Illustration 11), le SUDARE BA  « rideau de bambou » (Illustration 12)  de YOSHIMICHI, le KOBUSHI GATA CHOJI  « CHOJI en forme de poing »  de KUNISUKE ou le JUZUBA   « grains de rosaire »  de KOTETSU (Illustration 13) . Cette créativité un peu voyante est prévue pour plaire aux marchands fortunés qui ont le droit de porter un sabre court.

    Le BOSHI (trempe de la pointe) est une partie très importante du HAMON pour l'appréciation de la qualité d'une lame. Il désigne la partie suivant le bord du KISSAKI (pointe), qui remonte ensuite jusqu'au dos de la lame. Il doit être clairement lisible : le BOSHI est une bonne indication de l'origine de la lame (date, école et forgeron).

    La forme la plus habituelle est arrondie (MARU), de OMARU « grand rond » à KOMARU « petit rond », et ceci quelle que soit l'époque.

    Un BOSHI avec des retours irréguliers est appelé MIDARE KOMI.

    Il en existe de multiples formes, certaines étant donc très caractéristiques du forgeron : citons en exemple la forme JIZO BOSHI dont le dessin évoque la forme du crâne du Dieu JIZO et qui est typique du travail de KANEFUSA de SEKI. (Illustration 14)