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Les sabres japonais
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Autres caractéristiques des lames

La forme du dos de la lame : MUNE

(Illustration 18)

    Le dos de la lame (MUNE) peut revêtir 4 formes distinctes :

  • A 2 pans triangulaires : IORIMUNE « dos en forme de toit de maison », (plus rarement nommé GYONOMUNE ou KABUMUNE) et parfois distingué en MUNE HIKUSHI quand l'angle supérieur est aigu, et MUNE TAKASHI quand l'angle est plus ouvert.

On peut aussi différencier la forme OROSHIMUNE  de la fin de l'époque MUROMACHI ou les faces SHINOGI JI convergent vers le dos qui est donc très étroit.

  • A 3 pans en forme de triangle tronqué : MITSUMUNE « dos triple » (plus rarement nommé SHINNOMUNE).
  • A 1 pan, c'est à dire tout simplement plat : KAKUMUNE « dos plat » (plus rarement dit HIRAMUNE).
  • Sans pan, c'est à dire arrondi : MARUMUNE « dos rond » (plus rarement appelé SONOMUNE).

    La forme IORIMUNE est de loin la plus fréquente, la plus rare étant la forme MARUMUNE qu'on ne trouve guère que sur les lames KOTO de la Province de BUNGO.

La pointe de la lame : KISSAKI

    La pointe de la lame est séparée du corps par une arête allant du SHINOGI au tranchant nommée YOKOTE. Au delà de la jonction avec cette arête, le SHINOGI rejoint le dos de la lame et porte le nom de KOSHINOGI. (Illustration 19)

    Par la comparaison de sa longueur avec la largeur de la lame au talon, elle est considérée comme :

  • Longue : O KISSAKI
  • Moyenne : CHU KISSAKI
  • Courte : KO KISSAKI

    Le tranchant de cette portion peut être courbe (immense majorité des cas) : FUKURA TSUKU. Ou plus rarement droit : FUKURA KARERU.  (Illustration 20)

Le côté de la lame : JI

    Le côté de la lame est en général séparé en 2 parties par une crête longitudinale nommée SHINOGI. La partie au dessus est le SHINOGI JI, et celle au dessous est le JIGANE. La lame dans cette configuration est dite SHINOGI ZUKURI.

    Les 2 SHINOGI JI d'une lame peuvent être :

  • parallèles : SHINOGI HUKUSHI
  • convergentes vers le haut : SHINOGI TAKASHI.

    Certaines lames (surtout des TANTO) ont des faces plates sans arête longitudinale : dans cette configuration, elles sont dites HIRA ZUKURI.

    Citons enfin parmi les formes plus rares le MOROHA ZUKURI, qui comporte un SHINOGI et un deuxième tranchant, en général intéressant le dernier tiers de la lame.

Les lames raccourcies : SURIAGE

    Les longues lames des périodes KAMAKURA et NAMBOKUCHO ont souvent été raccourcies au niveau de la soie plus tardivement afin d'être portées à la ceinture comme des KATANA. Il faut dire que certaines de ces armes pouvaient faire 1,80 mètre de long (NODACHI « sabre de plaine ») afin que des hommes à pied puissent frapper des cavaliers. Du fait de cette longueur, elles étaient portées dans le dos et nommées aussi SEOI DACHI « sabre sur le dos ». En dehors de ceux conservés dans les temples, la quasi-totalité de ces sabres a été retaillée à l'époque MOMOYAMA.

    Le raccourcissement se faisant bien évidemment au niveau de la soie, les inscriptions (signatures de forgerons et dédicaces) ont été éliminées. Dans certains cas, les inscriptions ont été récupérées et ressoudées à la nouvelle soie (GAKU MEI) (Illustration 21), ou repliées et ressoudées également (ORIGAYESHI MEI), mais dans ce cas, elles se retrouvent du mauvais côté de la soie. (illustration 22)

    Plus simplement, on a aussi recopié la signature (et des faux sont illico apparus), et pour certaines armes prestigieuses retaillées par des forgerons de renom comme les HON'AMI, le nom coupé a été réinscrit sur la soie raccourcie en incrustation d'or ou d'argent. (illustration 23)

    Durant la période EDO, des lames ont été aussi coupées pour obéir aux règlements très stricts instaurés par les Shogun TOKUGAWA sur la longueur exacte des sabres (!!).

    La fréquence du SURIAGE est telle que souvent on croit bon de préciser que la longueur est d'origine en utilisant le terme UBU.

La soie de la lame : NAKAGO

    Pour les armes japonaises, la soie est une partie du sabre tout aussi importante qu'une autre. Sa forme et sa longueur vont influencer la capacité de coupe de la lame. C'est le seul sabre courbe au monde dont la forme de la soie va également contribuer à l'élégance de la lame nue. (Illustration 24)

    Par ailleurs, c'est là que l'on va trouver la signature du forgeron (MEI). Les sabres anciens (KOTO) sont signés des 2 idéogrammes du nom du forgeron (NIMEI). A partir de la fin de la période MUROMACHI les signatures s'allongent, on rajoute le prénom, parfois la date de fabrication et les éventuelles dédicaces. Plus rarement, à partir du milieu du 17e, on peut y trouver le résultat des tests de coupe sur les corps des condamnés à mort (TAMESHIMEI) : sur la photo jointe, on revendique 3 corps coupés en 2 d'un seul coup (Illustration 25).

    Assez souvent, aucune inscription n‘est gravée, la soie est dite alors MUMEI. Plusieurs raisons possibles à cela : la soie a pu être tronquée et la signature non reportée comme on l'a vu plus haut ou bien, dans la production de masse, la signature a pu être considérée comme un luxe inutile, entre autres.

    Comme nous l'avons vu, la signature est apposée du coté OMOTE «extérieur» de la soie, c'est à dire le coté tourné vers l'extérieur quand le sabre est porté. KATANA et TACHI ne seront donc pas signés du même coté puisqu'ils sont portés tranchant vers le haut pour le premier, et vers le bas pour le second. En fait, certains forgerons se sont fait un plaisir de compliquer tout ça : l'école AOE de BITCHU au 13e siècle signait ses TACHI du coté URA « intérieur », ce qui fait que la signature de ces TACHI est dite KATANA MEI (si ce n'est pas clair, reportez vous à la page 8).

    Cette soie va être percée d'un ou plusieurs trous (MEKUGI ANA) afin que la poignée soit bien solidaire de la lame grâce à une cheville en bambou (MEKUGI) qui transperce l'ensemble. Au fil du temps, la lame a souvent été remontée (ou raccourcie) et de nouveaux trous forés pour une fixation différente.

    Les spécialistes vont pouvoir remarquer que dans les périodes HEIAN et KAMAKURA, le trou était vers l'extrémité inférieure de la soie, et vers le milieu à l'époque MUROMACHI. Ultérieurement, ils étaient forés près de l'extrémité supérieure. Et quand il y a eu raccourcissement, c'est encore plus compliqué. Enfin, notons que les orifices percés les plus anciens, faits au ciseau, sont grossièrement arrondis, tandis qu'à l'époque EDO, on savait forer des trous bien ronds (et très jolis).

    D'autres éléments de la soie vont caractériser le forgeron, sa région et son époque :

  • Les marques de limes (YASURI MEI) (Illustration 26) lors du façonnage de la lame ont disparu du fait du polissage, mais sont lisibles à cet endroit et peuvent donc être typiques de certaines écoles en définissant le mode de travail. On peut distinguer :
    • Perpendiculaires à la lame : KIRI
    • En biais vers la Gauche : KATTE SAGARI
    • En biais vers la Droite : KATTE AGARI
    • En biais plus incliné : SUJIGAI
    • En biais très incliné : O SUJIGAI
    • En V pointe vers le haut : TAKA NO HA (et GYAKU TAKA NO HA si la pointe est vers le talon).
    • En damier : HIGAKI (stries inclinées à Droite et à Gauche croisées).
    • Différentes stries croisées dans plusieurs sens : KESHO
    • Dans l'axe de la lame : SENSUKI
  • La forme de la soie dont la longueur peut aussi varier, ainsi que la courbure qui est toujours plus prononcée sur les TACHI. On va retenir 4 types principaux de forme de NAKAGO :
    • En cuisse de faisan : KIJIMONO ou KIJIMATA (surtout les TACHI)
    • En manche de kimono : FURISODE (surtout sur les TANTO  à partir de la mi KARAKURA)
    • En carène de bateau : FUNAGATA (à partir de la création de l‘école SOSHU, cette forme se répand ensuite)
    • En ventre de poisson (ou ventre de sauterelle) : TANAGOBARA (forme la plus récente : ère MUROMACHI)  (Illustration 27)
  • L'extrémité de la soie est encore une indication pour l'origine et l'âge de la lame. On va en distinguer 5 types :
    • Perpendiculaire à l'axe du sabre : KIRI  « coupé »
    • En « U » régulier : KURIJIRI (surtout période EDO)
    • En « U » irrégulier ou asymétrique : HA AGARI KURIJIRI
    • En « V » régulier : KENGYO
    • En « V » irrégulier : IRIYAMAGATA    (Illustration 28)

    Quand la lame a été raccourcie, cette extrémité a pu être retaillée dans la forme usuelle a cette époque, et non pas en reprenant la forme d'origine.

    D'une façon générale, on admet que les lames de la période HEIAN et du début KAMAKURA ont une soie mince et incurvée, s'affinant considérablement vers l'extrémité.

    A la fin KAMAKURA et à l'ère NAMBOKUCHO, les soies sont plus larges et plus robustes, s'accordant à l'allongement des sabres de cette époque.

    Les sabres UCHIGATANA qui apparaissent ensuite ont un NAKAGO court et large.

    Leurs successeurs, les véritables KATANA SHINTO vont avoir une soie en relation avec la forme générale de la lame.

Les gravures sur la lame : HORIMONO

    Différentes formes de gravures peuvent être sculptées sur une partie ou toute la longueur de la lame, et ceci pour des raisons structurelles ou esthétiques. Elles sont en général faites à la fin de la fabrication de la lame, mais parfois peuvent être rajoutées à posteriori (ATOBORI) souvent pour cacher un défaut du métal. Elles intéressent la partie au dessus du SHINOGI en général (SHINOGI JI).

    Les dessins et inscriptions sur les sabres depuis la période HEIAN sont en général d'inspiration religieuse ou martiale. Les textes peuvent être écrits en caractères chinois, en caractères japonais phonétiques (KANA) ou en Sanscrit stylisé (BONJI).

    Les HORIMONO de la période HEIAN sont simples, voire austères, et expriment les croyances religieuses du Samouraï. Les Déités représentées sont HACHIMAN, AMATERASU et FUDO MYO O dont nous allons reparler.

    Lors de la période MUROMACHI elles prennent un aspect plus martial, comme celle des Dieux Bouddhiste BISHAMONTEN, MARISHITEN ou DAIKOKUTEN, vêtus d'une armure et symbolisant la guerre.

    Pendant la période MOMOYAMA, des gravures purement décoratives apparaissent, avec souvent les 3 plantes de bonne augure : pin, bambou et prunier. Les dragons deviennent aussi à la mode, se referant à divers symboles et légendes. (Illustration 29)

    Une figure est rencontrée presque à toutes les époques : celle de la déité FUDO MYO O. Il est représenté comme un être féroce, avec de longs crocs, assis dans une flamme et tenant une épée dans la main droite et une corde dans la main gauche. Cette figure d'inspiration Bouddhique symbolise le désir du Samouraï de rester serein dans les combats et même quand la mort est toute proche.

    Cette représentation est parfois stylisée, simplifiée sous la forme de l'épée et de la corde : elle prend alors l'aspect de KURIKARA, une épée à double tranchant ou s'enroule un dragon, qui à son tour peut être plus ou moins stylisée. (Illustration 30)

    A partir de l'époque MOMOYAMA le dragon peut être représenté seul avec le HOSHU (joyau de l'illumination) ou bien montant sur un coté de la lame et descendant sur l'autre.

Les gorges de la lame : HI

    On peut trouver sur certains sabres des gorges creusées entre SHINOGI et MUNE qui allègent la lame et participent à l'esthétique. Elles peuvent être longues ou courtes, simples ou doubles, larges ou étroites, et chaque forme a un nom spécifique. Pour simplifier, on ne retiendra que :

  • sillons courts (près de la soie)
    • 2 étroits : GOMABASHI
    • 1 large :   KOSHI HI
  • sillons longs
    • 2 étroits : FUTASUJI HI
    • 1 large : BO HI
    • 1 étroit et 1 large : BO HI NI TSURE HI

    Comme pour les gravures, ces sillons peuvent avoir été rajoutés pour cacher un défaut à la surface du métal. Dans ce cas ils sont nommés ATOBI.

La courbure de la lame : SORI

    Un sabre est plus ou moins courbe, et cette courbure peut être identifiée. Si on trace une ligne du MUNE MACHI  (l'endroit ou le dos de la lame rejoint la soie)  jusqu'à la pointe (un peu comme la corde d‘un arc), on peut repérer le point exact ou la lame est au plus loin de ce trait : cette distance est la flèche (SORI). Plus la courbure est prononcée et plus la longueur de la flèche est importante.

  • Quand la flèche est au centre de la lame, celle-ci est dite TORII ZORI. (Illustration 31)
  • Quand la flèche est plus proche de la soie, elle est dite KOSHI ZORI, et comme cette forme est plus souvent retrouvée sur des sabres de la province de BIZEN, on dit aussi BIZEN ZORI. (Illustration 32)
  • Quand la flèche est plus proche de la pointe, elle est dite SAKI ZORI. Cette forme est rare sur les sabres (elle est un peu plus fréquente à l'époque MUROMACHI) et est plus retrouvée parmi les NAGINATA. (Illustration 33)