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Les sabres japonais
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Évolution historique des lames

KOTO et SHINTO

    Comme on l'a vu plus haut, une classification un peu artificielle existe : KOTO (environ 900-1596) et SHINTO (1596-1800) puis SHINSHINTO (1800-1876) et GENDAITO (moderne). Les Japonais sont des gens précis et ce système à l'année près permet un classement non discutable.

    En réalité, l'année 1596 n'est pas une date butoir à ce point stricte entre KOTO et SHINTO. La fin du 16e siècle a vu des changements technologiques dans la fabrication des lames, et la mode va également changer, tout cela dans un laps de temps de très peu d'années à la fin des guerres civiles qui ont conduit à l'unification du Japon. L'année 1596 a été retenue car elle correspond au début de l'ère KEICHO (chaque ère correspond à un nouvel Empereur, et la datation officielle se fait en nombre d'années dans l'ère : par exemple 1598 sera l'an 2 de l'ère KEISHO)

    Historiquement, les sabres SHINTO débutent en même temps que l'époque EDO. De ce fait, certains préfèrent pour date de départ l'année de la bataille de SEKIGAHARA (1600) qui assoit l'emprise TOKUGAWA sur le pays, et d'autres l'année ou le nouveau Shogunat s'installe à EDO (1604). A partir de ce moment, les échanges commerciaux entre régions sont possibles, et les forgerons ne sont plus obligés de vivre et travailler près des gisements de métal et des lieux de production de charbon de bois. C'est de là que le SHINTO va naître. L'appellation SHINTO ne va pas être utilisée immédiatement. En fait, le terme SHINTO est utilisé officiellement pour la première fois en 1779 dans un ouvrage sur les forgerons des 17e et 18e siècles, pour les différencier des sabres plus anciens.

    Pour l'amateur contemporain, la différence entre les 2 types de sabres n'est pas toujours évidente. Des forgerons SHINTO ont longtemps imité les formes KOTO, et au tout début de cette nouvelle ère, les artisans n'ont pas changé de travail du jour au lendemain.

    Pourtant les différences entre les 2 styles sont considérables (au moins en théorie).

    Les sabres KOTO sont en général d'élégantes proportions, sont plus légers, mieux équilibrés dans la main, plus faciles à manier.

    Le YAKIBA de ces mêmes « vieux sabres » est étroite, intense avec du NIE et du NIOI lumineux. La ligne de trempe (HAMON) descend dans la soie au delà de l'encoche de la lame (HAMACHI) qui sépare soie et lame. Le BOSHI (ligne de trempe au niveau de la pointe) est intense aussi, avec un retour doux vers le dos de la lame. Le HAMON est assez classique : SUGUHA, NOTARE, CHOJI, GUNOME, SAMBONSUJI et HITATSURA.

    De leur côté, les lames SHINTO ont une structure moins complexe car les procédés de fabrication ont été simplifiés et les sabres sont en général plus lourds, plus épais et moins courbes que leurs prédécesseurs. Ces lames ont une zone trempée (YAKIBA) plus large mais de moindre subtilité et de moindre intensité que les KOTO. Le HAMON ne descend pas dans le NAKAGO et devient souvent rectiligne avant de finir juste au dessus du HAMACHI (forme YAKIDASHI). Le BOSHI est moins marqué, plus grossier avec une fin de courbe plus dure. Le HAMON est varié, reprenant les formes antérieures et prenant aussi des aspects plus rares à vocation surtout décorative.

    L'histoire des sabres KOTO étant assez longue, nous allons étudier leur évolution lors des différentes époques dont nous avons parlé lors du rappel historique.

Époque HEIAN et début KAMAKURA

    Les sabres commencent  à être courbes au milieu de l'époque HEIAN pour favoriser les coups de taille des cavaliers de part et d'autre de l'encolure. Cette évolution n'est pas brutale, et on peut trouver des formes transitionnelles courbes à 2 tranchants (le célèbre KOGARASUMARU en est un exemple) (Illustration 34) et des sabres à un tranchant et à très faible courbure sauf au niveau de la soie et à la partie de la lame immédiatement adjacente, les 2/3 en direction de la pointe étant pratiquement droits (KENUKIGATA NO TACHI).

    La courbure régulière va être possible petit à petit, grâce aux progrès de l'art des forgerons car c'est techniquement difficile, et la qualité de l'acier va progresser également.

    Les sabres de cette époque sont très élégants de forme. Les lames, larges à leur base s'affinent progressivement en direction de la pointe (FUMBARI).

    La longueur est en général d'environ 80 cm (TACHI).

    L'arête longitudinale (SHINOGI) est proche du dos de la lame.

    La ligne de trempe est droite (SUGUHA) ou légèrement irrégulière (KO MIDARE), exceptionnellement, on peut observer des HAMON de type CHOJI sur quelques lames BIZEN. Le plus souvent la trempe est constituée de KONIE et de NIOI.

    Le grain du métal est ITAME ou KO ITAME, mais on peut trouver également un grain CHIRIMEN « crêpe de soie » propre à l'école KO AOE de BITCHU.

    La pointe est courte (KOKISSAKI), plus rarement moyenne (CHUKISSAKI).

    Ils sont assez légers car prévus pour être maniés d'une seule main.

    Les TACHI anciens qui sont parvenus jusqu'à nous sont ceux de plus haute qualité, transmis à travers les siècles en temps que trésors de famille, ou donnés à des temples comme remerciements.

    Les sabres de la piétaille, de faible valeur, n'ont pas été conservés.

    Parmi ceux arrivés à nous, on en trouve un certain nombre qui ont été endommagés au combat. Le dégât le plus fréquent est la fracture de la pointe, y compris la partie trempée. Parfois dans ce cas, le KISSAKI a été retaillé et la partie trempée manquante suggérée par un astucieux repolissage.

    L'autre lésion fréquente est l'ébréchure du tranchant. On peut alors repolir la lame en la diminuant en épaisseur et en largeur pour récupérer la ligne du tranchant, mais parfois ces sabres ont été conservés en l'état comme souvenir de combat et transmis jusqu'à nous.

    Ces lames ébréchées ont également pu être reforgées et ont perdu alors leurs caractéristiques de départ.

Milieu et fin KAMAKURA

    Vers le milieu de l'époque KAMAKURA les écoles des Provinces de YAMATO, YAMASHIRO et BIZEN produisent des lames plus robustes car les armures sont devenues plus résistantes.

    Elles sont plus larges avec une courbure souvent plus importante déplacée vers le milieu de la lame. La  diminution de la largeur entre base et pointe (FUMBARI) est moins nette. Au niveau du JIGANE (entre le SHINOGI et le tranchant) la surface du métal va devenir convexe au lieu de plat pour un meilleur impact sur une armure (HAMAGURI BA).

    Des sabres plus robustes et plus larges sont plus lourds et la technique de maniement à 2 mains va se répandre.

    La pointe est plus courte (donc moins cassante) et paraît trapue en comparaison du sabre élargi. Cet aspect est assez caractéristique et porte le nom de IKUBI KISSAKI « cou de sanglier sauvage », auquel il est sensé ressembler. Le défaut de cette conception est qu'il devient impossible de retailler la pointe même quand l'ébréchure est de petite taille, et un sabre est un objet de plus en plus précieux... De même, les gorges creusées dans le SHINOGI JI pour alléger les sabres du début KAMAKURA et se prolongeant jusque dans la pointe sont une gêne pour une éventuelle retaille.

    A la fin KAMAKURA on va donc raccourcir les gorges et revenir à la pointe longue, et ceci d'autant plus que l'on va alléger les armures car l'époque des nobles duels d'homme à homme est finissante : la leçon des tentatives d'invasion Mongoles c'est l'apprentissage du combat en groupes organisés.

    On va également et pour la même raison de nouveau désépaissir et affiner l'extrémité du sabre : le FUMBARI revient. La courbure déplacée vers le centre (TORII ZORI) devient la règle car elle est plus adaptée aux combats à pied, la courbure KOSHI ZORI étant plus adaptée aux cavaliers sabrant de haut en bas.

    Cette même époque va voir se créer des sabres plus courts, assez rares du nom de KODACHI qui sont les ancêtres des HANDACHI et KATANA.

    Les styles des écoles sont maintenant distincts et caractérisés.

    On va beaucoup parler des GOKADEN qui sont les 5 écoles principales de forgerons car elles sont à l'origine de 80% des sabres KOTO, mais des styles plus mineurs existent qu'il serait fastidieux d'énumérer. Citons simplement pour mémoire les écoles BITCHU, BINGO, HOKI, HIZEN, mais d'autres encore ont existé.

    La tradition BIZEN existe depuis le 10e siècle environ et sa fondation est attribuée à TOMONARI.

    Les sabres du début sont distingués par l'appellation KO BIZEN.

    Cette école mérite d'être citée en premier car on peut estimer que la moitié des sabres KOTO y ont été fabriqués.

    Les forgerons de BIZEN de cette époque KAMAKURA font des lames avec un HAMON de type CHOJI en NIOI avec un UTSURI ondulant très vif. Concentrés à OSAFUNE ils vont faire perdurer cette tradition pendant des siècles. Une des formes les plus caractéristiques de leur production est le TANTO de type MOROHA ZUKURI, c'est à dire à double tranchant.

    Parmi ces artisans on peut en distinguer 3 : MITSUTADA, NAGAMITSU et SANENAGA, apparentés entre eux et connus sous le nom de SANSAKU « les 3 faiseurs ». La trempe de la pointe de leurs lames ondulée, MIDARE KOMI BOSHI va porter leur nom par la suite : SANSAKU BOSHI.

    D'autres écoles BIZEN existent à YOSHIOKA, YOSHII, OMIYA et FUKUOKA : cette dernière est celle de NORIMUNE qui va devenir l'école ICHIMONJI de BIZEN dont nous avons parlé dans les rappels historiques. Les lames de cette branche exhibent les plus merveilleux CHOJI HAMON et MIDARE UTSURI de tous les temps. Ce CHOJI HAMON exceptionnel et très large est connu sous les noms de JUKA ou de KAWAZU NO KO « têtard ».Cette époque milieu KAMAKURA correspond à l'age d'or de la tradition BIZEN.

    Les forgerons de YAMASHIRO (surtout l'école RAI, fondée au 13e siècle) travaillent aussi en CHOJI HAMON, un peu moins époustouflant néanmoins, mais plus en KONIE, et aussi en SUGUHA. C'est dans cette Province que ce trouve la ville Impériale de KYOTO et la demande de sabres de qualité y a été constante au cours des siècles (la forge y a commencé au 9e siècle quand l‘Empereur s‘y est installé).

    Le forgeron le plus célèbre en est RAI KUNIMITSU qui a travaillé en 3 styles différents au fil du temps.

    Là aussi d'autres branches existent que RAI comme l'école AWATAGUCHI ou AYAKOJI, mais l‘école RAI se distingue par une caractéristique rare : la trempe du dos de la lame.

    La tradition YAMATO (la plus ancienne) a été créée par des groupes de forgerons de cette province qui fournissaient en sabres et lances les temples Bouddhistes de NARA  qui armaient leurs prêtres pour protéger leurs divers intérêts. Une tradition encore plus ancienne existe dans cette même Province, de l'époque où NARA était capitale impériale (le premier forgeron identifié du Japon est AMAKUNI du YAMATO au début du 8e siècle).

    Diverses branches aussi coexistent (TOMA, TEGAI, HOSHO...).

    Leurs lames ont un grain MASAME très droit avec parfois un peu de ITAME et un HAMON SUGUHA très droit aussi avec un peu de GUNOME et des effets typiques comme le HOTSURE « effiloché » qui sont des lignes de NIE évoquant du coton effiloché près du HAMON.

    On trouve peu de signatures dans ces écoles, peut être pour un problème de tradition Bouddhique. Tous les raccourcissements de lames ultérieurs gênent une étude à ce sujet.

    L'école SOSHU ou SAGAMI est née ensuite de la rencontre de forgerons de ces 3 styles regroupés à KAMAKURA. Les Shoguns vont en effet faire venir auprès d'eux des forgerons célèbres de tout le Japon. Parmi ceux-ci se trouvent SUKEZANE, maître dans le style BIZEN, et KUNITSUNA, maître forgeron du style AWATAGUCHI, dont le fils KUNIMITSU va assimiler le travail d'autres écoles et en garder le meilleur. Les tentatives d'innovation de KUNIMITSU vont être perfectionnées par ses élèves YUKIMITSU et MASAMUNE (le plus célèbre de tous) et un groupe connu sous le nom de « 10 pupilles de MASAMUNE » qui, comme on va le voir, a une grande importance. Ces croisements de techniques issues de diverses origines vont se combiner avec une demande de sabres plus lourds, plus larges, et cela va aboutir à ce nouveau style qui est souvent considéré comme celui des meilleurs sabres du monde, symboles de l‘âge d‘or du sabre japonais. Cette école va être une des 4 qui ont le privilège de l'appellation ICHIMONJI et dont nous avons parlé dans les rappels historiques.

    Le grain du métal est complexe car il est obtenu par un fin mélange de différents aciers. Il est de type ITAME avec un abondant JINIE sous forme de JIFU « taches » et CHIKEI « lignes » brillantes ou au contraire sombres.

    Le HAMON est large de type GUNOME, NOTARE « ondulation »  ou CHOJI, souvent irrégulier (MIDARE). On y trouve beaucoup d'activité avec INAZUMA « éclairs », SUNAGASHI « lignes parallèles au tranchant » et KINSUJI (semblables aux CHIKEI mais dans le YAKIBA, partie trempée de la lame). Cette très riche activité est caractéristique du travail de MASAMUNE et de ses élèves.

    L'école MINO du nom de la province porte aussi le nom de SEKI, ville principale de celle-ci. C'est la plus tardive des 5 écoles et elle est plus rattachée à l'époque NAMBOKUCHO dont nous allons parler juste après.

    On admet qu'elle a été fondée par des élèves de MASAMUNE. De ce fait, les premières lames MINO, par ailleurs excellentes, sont difficiles à distinguer des lames SOSHU,  mais l'évolution va aller vers une production de masse et la qualité va s'en ressentir.

    Comme pour les sabres SOSHU, la lame est longue, large et lourde.

    Le grain du métal est KO MOKUME ou MASAME, voire NASHIJI « peau de poire » très fin.

    La lame est peu courbée et le HAMON au début semblable à celui des sabres SOSHU va devenir de type SAMBON SUJI ce qui est assez typique.

Époque NAMBOKUCHO

    Dans cette époque plutôt courte (1336-1392) mais riche en guerres civiles, les sabres sont larges et longs avec une pointe allongée et une courbure prononcée. Ils sont souvent moins épais pour que le poids reste raisonnable car leur longueur peut dépasser 1 mètre. De ce fait, très peu d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous sans avoir été raccourcis. Cette longueur est utile dans une guerre d'embuscade où des fantassins peuvent ainsi attaquer des cavaliers. C'est dans cette intention que sont forgés à ce moment les NODACHI dont la longueur est souvent de 1,5 mètres, voire plus.

    Le style SOSHU devient de plus en plus une référence avec un deuxième forgeron célèbre : SADAMUNE qui est sensé être le fils (réel ou adopté) de MASAMUNE.

    Ses lames ont un grain (HADA) très fin et un HAMON ondulé avec un NIE très fin.

    Deux des « pupilles » de MASAMUNE, HIROMITSU et AKIMITSU vont répandre le HITATSURA sorte de HAMON particulier : la trempe se répartit en taches sur toute la surface de la lame.

    Ces styles vont connaître un profond retentissement sur l'ensemble des écoles Japonaises dans les périodes MUROMACHI et EDO mais la production de sabres SOSHU va rapidement décroître en volume.

    Le style YAMASHIRO aussi commence à se raréfier mais 2 écoles principales existent encore : NOBUKUNI et HASEBE fondée par KUNISHIGE qui est un des 10 « pupilles de MASAMUNE », mais l'école RAI disparaît. Le YAMATO se fait aussi plus rare car des écoles disparaissent comme l‘école HOSHO.

    Le style BIZEN dans le même temps va subir des transformations liées aux innovations technologiques : le HAMON en NIOI des premiers temps est maintenant en KONIE. Le HADA va se caractériser avec l'apparition de nouvelles formes comme le MATSUKAWA HADA : grain de métal évoquant l'écorce de pin du forgeron NORISHIGE. Juste retour des choses, c'est SOSHU qui va influencer BIZEN et va inspirer un style parallèle : SODEN BIZEN, fortement inspiré par un des « pupilles de MASAMUNE » : CHOGI. Le style en est flamboyant avec un NIE abondant et éclatant et un UTSURI moins visible.

    Quoique la fabrication de sabres dans la région de MINO existât auparavant, beaucoup de connaisseurs fixe sa véritable naissance en tant que style à l'époque NAMBOKUCHO quand KANEUJI qui a étudié le style YAMATO de l‘école TEGAI avant d‘étudier le style SOSHU en tant que « pupille de MASAMUNE » (encore) lui aussi vient s'y installer.

    D'autres écoles existent dans l'ombre des 5 majeures (GOKADEN) à cette époque et sont souvent inspirés par le travail des « pupilles » comme dans les Provinces de CHIKUZEN, ETCHU, ECHIZEN et BITCHU (ou l'école AOE disparaît pour des raisons obscures).

    Au début de l'époque MUROMACHI, les écoles MINO et BIZEN sont de très loin les principaux fournisseurs de sabres.

Époque MUROMACHI

    Cette époque (1392-1573) va connaître au début un retour au style des TACHI du commencement de l'ère KAMAKURA, moins longs et moins encombrants mais sans le FUMBARI si typique des sabres anciens. Il faut dire que le début de cette ère est une période de paix relative et la mode est au rétro.

    Les forgerons de BIZEN reprennent le style le plus ancien avec GUNOME, SUGUHA et CHOJI ainsi qu'une forme distinctive de BO UTSURI « reflet du HAMON très droit » qui contraste avec le UTSURI CHOJI ou MIDARE de l‘époque KAMAKURA.

    La reprise des guerres civiles à partir de 1467 « époque des Provinces en guerre » va faire exploser la demande d'armes et des sabres de faible qualité vont être produits en masse pour la piétaille. Ils sont nommés KAZU UCHI MONO « sabres faits en quantité » ou SOKUTO « sabres vendus en paquet ». Heureusement, on fabrique aussi des sabres de qualité mais ils sont rares.

    De véritables coopératives de forgerons se créent à OSAFUNE (ville de BIZEN) pour cette fabrication en série, et ces sabres sont signés en vrac de fausses signatures imitant celles de forgerons connus tels que NORIMITSU ou SUKESADA. Curieusement, la signature qui est à l'origine OSAFUNE JU SUKESADA « SUKESADA de la ville de OSAFUNE »  devient : OSAFUNE SUKESADA, comme si OSAFUNE était devenu un prénom.

    Dans la dernière partie de l'ère MUROMACHI, si la traditionnelle forme CHOJI du HAMON est toujours utilisée, on y ajoute des variations comme par exemple KANI NO TSUME CHOJI « pinces de crabe CHOJI », invention du véritable SUKESADA. Le NIOI des débuts est remplacé par du NIE, et le UTSURI devient rare, ce qui est parfois considéré comme le début de la décadence de BIZEN.

    Dans la Province de MINO, à SEKI, la production est équivalente à celle de OSAFUNE. Les forgerons qui y travaillent utilisent très souvent l'idéogramme KANE dans leur nom (comme le fondateur KANEUJI). Ils produisent des lames avec un SHIRAKE UTSURI blanchâtre (reflet flou et brumeux) et plusieurs sortes de HAMON GUNOME ou SUGUHA. Parmi eux, il faut distinguer KANEMOTO et ses descendants pour son HAMON SAMBON SUJI « triple cryptomeria » dont nous avons déjà parlé, KANESADA pour son HAKKO GUNOME HAMON « en forme de boîte » et son UMA NO HA HAMON « en forme de dent de cheval », et KANEFUSA pour son FUKURO GUNOME CHOJI HAMON « CHOJI en forme de sac ». Au niveau du BOSHI, ce dernier crée la forme très arrondie évoquant la tête du Dieu JIZO typique de son école MINO.

    Les styles YAMATO et YAMASHIRO existent encore mais leur production est très faible.

    Le style SOSHU continue avec des forgerons comme ceux du groupe de SHITAHARA qui font des lames avec un large HAMON MIDARE en NIE. La trempe disséminée sur la lame (HITATSURA) qui était une caractéristique de l'école lors de l'époque NAMBOKUCHO est maintenant copiée par d'autres groupes, y compris dans les régions BIZEN et MINO.

    A noter pour l'anecdote qu'aux alentours de 1500 travaille un forgeron bien connu : MURAMASA. Celui-ci est connu pour la qualité de son travail dans le style SOSHU, bien sûr, mais aussi parce que TOKUGAWA IYEYASU s'étant blessé avec une lame de ce forgeron, comme son père et son grand père avant lui, en fit interdire la possession quand il fut devenu Shogun. Les propriétaires se contentèrent de faire effacer les signatures des lames, si bien que très peu de signatures authentiques nous sont parvenues.

    Les HANDACHI « demi TACHI » commencent à se voir (Illustration 35) : ils ressemblent à des TACHI courts avec la courbure près de la garde portés dans la ceinture. Techniquement, un HANDACHI est un TACHI court, avec des montures typiques de celui-ci (que nous verrons plus loin), mais porté comme un KATANA. Un UCHIGATANA est une forme semblable plus ancienne et plus simple comme on l'a vu au chapitre 3, mais qui va être réappropriée par la classe Samouraï à cette époque avec des lames de meilleure qualité et sans les ferrures du TACHI.

    Les WAKIZASHI commencent également à apparaître : à l'origine ce sont des UCHIGATANA courts portés par les lanciers en complément de leur YARI. Les Samouraï vont également progressivement les adopter pour les porter en permanence et prendre le sabre long pour sortir : le DAISHO est né et commence à se répandre.

    Il nous faut enfin signaler que c'est à cette époque que sont fabriqués des sabres avec une courbure marquée vers la pointe et quasi nulle vers la soie (SAKI ZORI). Cette forme était censée favoriser la puissance de coupe et le dégainage de la lame, mais on va rapidement revenir à la forme TORII ZORI. Pour augmenter encore la capacité de coupe et alléger la lame, les forgerons vont faire converger les SHINOGI JI vers le dos de la lame (SHINOGI TAKASHI). Le MUNE va devenir donc très étroit (OROSHI MUNE) et le sabre aura donc un aspect losangique, vu en coupe.

Époques  MOMOYAMA et EDO

    Il est à noter que cette époque voit une forte baisse de la production BIZEN du fait d'une inondation catastrophique en 1591 couplée à un épuisement des ressources locales. Ce bouleversement va inciter à conditionner les anciennes lames et permettre à d'autres centres à se développer.

    Cette époque va voir, du fait de cet épuisement en minerai, l'utilisation de fer venant de l'ouest du Japon.

    Malheureusement, on y trouve plus de phosphore ce qui rend les lames cassantes. On va aussi importer du fer étranger, mais lui aussi est de moindre qualité.

    L'interdiction du port du sabre fait à la population non-Samouraï en 1588 (KATANA GARI « chasse aux sabres ») va aussi transformer le paysage en réduisant la demande de lames courantes et en maintenant celle d‘armes de qualité.

    Les sabres anciens de bonne facture sont recherchés et raccourcis pour être portés en KATANA, et pour satisfaire la demande, les sabres forgés durant la période MOMOYAMA ressemblent à des TACHI raccourcis des périodes KAMAKURA et NAMBOKUCHO. Ils imitent même les HAMON de ces temps, avec une prédilection pour un large NIE évoquant le travail de MASAMUNE et de l'école SOSHU.

    Le style MINO est aussi à la mode au début, puis viendra la mode YAMASHIRO.

    On raccourcit beaucoup à cette époque car le KATANA porté dans la ceinture, le tranchant vers le haut devient la norme. Le TACHI disparaît en effet au profit du DAISHO, c'est à dire l'ensemble WAKIZASHI / KATANA qui devient le standard quasi systématique en dehors des occasions solennelles.

    Cette mode du SURIAGE va perdurer jusqu'à la moitié du 17e siècle. Parmi ceux qui raccourcissent et remontent les sabres, il faut citer la famille HON'AMI, polisseurs et experts (le Shogun lui même les consulte sur les sabres), et dont les descendants sont encore actifs aujourd'hui dans cette même branche de l‘expertise.

    Au début du 17e siècle, apparaît UMETADA MYOJU. Il travaille à KYOTO et on estime qu'il a fortement influencé le travail du métal en inventant de nouvelles techniques de forge. A cause de cela, il est considéré comme le père des sabres SHINTO, car ses nombreux élèves vont répandre ces techniques dans tout le Japon. Curieusement on ne connaît pourtant de nos jours qu'un seul sabre long portant sa signature. Cependant, quoiqu'il soit un novateur, ses lames imitent les styles MINO et SOSHU, car la demande est toujours centrée sur les sabres anciens. Néanmoins, si la mode rétro persiste, quelques nouveautés apparaissent au niveau du HAMON, comme les formes TORAMBA et SUDARE BA dont nous avons parlé au chapitre 2B.

    On a vu dans les rappels historiques que de nombreux forgerons se sont regroupés autour des centres de pouvoir car les échanges commerciaux ne sont plus gênés par les guerres civiles, on n'est plus obligé de travailler près des sources d'approvisionnement. Les forgerons de KYOTO, connus sous le nom de KYO KAJI, vont être le moteur de la mutation KOTO/SHINTO.

    A cette même époque, la ville d'OSAKA grandit autour du château qu'a fait construire TOYOTOMI HIDEYOSHI et de nombreux forgerons viennent y travailler. On travaille aussi beaucoup à EDO et dans la Province de MINO, mais cette fois on ne fait plus dans la production de masse car les guerres civiles sont finies et le port du sabre est très réglementé. Le style MINO ancien influence le nouveau sabre SHINTO : par exemple, quelque soit le grain du métal sous le SHINOGI, il est MASAME au dessus. Mais de nombreux artisans vont continuer à forger dans les styles anciens.

    Néanmoins, petit à petit une certaine standardisation se fait jour dans la longueur et la courbure des sabres. Cette évolution est souvent attribuée au développement du KENDO, afin que les KATANA soient semblables aux armes d'entraînement. Ces sabres sont nommés sabres KAMBUN car apparus pendant l'ère du même nom (1661-1673) : ils ont un léger FUMBARI, une courbure assez faible, une pointe assez courte et un NAGASA de 70 cm environ.

    C'est également à cette époque que les tests de coupe sur les corps des condamnés à mort sont les plus populaires et que leurs résultats sont inscrits sur la soie.

    Les Samouraï ayant de moins en moins de moyens, à l'exception des seigneurs propriétaires de fiefs, la production de KATANA SHINTO, déjà faible à cause des lois restrictives sur le port du sabre, devient de faible qualité. Quelques pièces destinées à des DAIMYO sont excellentes mais assez rares.

    On trouve plus facilement des WAKIZASHI, de qualité moyenne, car leur port était autorisé aux couches sociales du commerce et de l'artisanat. Ces lames ont parfois, comme on l'a dit plus haut, des HAMON très exubérants, mais aussi des montures d'un aspect parfois un peu « parvenu » (Illustration 36).

    A la fin du 18e siècle, un forgeron du nom de SUISHINSHI MASAHIDE, las du style KAMBUN, remet au goût du jour les styles anciens, exploitant en cela un retour du nationalisme causé par la présence impudente de bateaux étrangers dans les eaux Nipponnes (un ordre de couler tout vaisseau étranger sera même donné en 1825). On assiste même à un retour des TACHI.

    MASAHIDE va étudier très sérieusement les méthodes anciennes et tenter de les imiter. Il va aussi relater dans différents écrits ses expériences de forge et ses découvertes et former de très nombreux apprentis. Son successeur HOJI TAIKEI NAOTANE va aussi  contribuer à répandre ces méthodes modernisées en enseignant à travers tout le Japon. Les nouveaux sabres qui vont être forgés à partir de ces évolutions techniques vont être nommés SHINSHINTO (nouveaux-nouveaux sabres). Ils imitent les longs sabres anciens, particulièrement les styles SOSHU et BIZEN des périodes KAMAKURA et NAMBOKUCHO et aussi les sabres récents de style KAMBUN.

Epoque moderne

    En 1876 l'Empereur va promulguer une loi interdisant le port du sabre en dehors de certaines cérémonies. Il confirme par là la fin des Samouraï. Les officiers de l'armée vont être dotés d'épées imitant celles équipant les armées Européennes. La plupart des forgerons vont alors se reconvertir dans d'autres activités, quelques uns continuant la tradition comme GWASSAN SADAKAZU.

    L'exacerbation du nationalisme du début de l'ère SHOWA (1926) va faire revenir la forme traditionnelle du sabre dans les forces armées, mais la plupart de ces sabres militaires (GUNTO) sont faits d'acier laminé et non forgé, ce qui les fait rejeter par les amateurs. Parfois, néanmoins, de véritables lames anciennes de famille ont été montées à la place de celle d'origine et font le bonheur du chineur chanceux.

    Enfin des forgerons existent toujours et ont une production de bonne qualité, certains portant même le titre de « trésor national vivant ».