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Les sabres japonais
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Les montures de sabres : KOSHIRAE

    Si les sabres ont parfois traversé les siècles, il n'en va pas de même avec les montures qui ont souvent été changées, ne serait-ce que pour avoir suivi la mode.

    Certains sabres, heureusement, ont été donnés à titre votif à des temples et conservés en l'état.

Les montures de TACHI

    Les montures de TACHI sont regroupées sous l'appellation JINDACHI ZUKURI. (Illustration 37)

    Si les TACHI ont une longueur moyenne de 75 à 80 cm, nous avons vu que ceux de l'époque NAMBOKUCHO pouvaient dépasser 1 mètre. Leur histoire est longue et les variations ont été nombreuses, Il existe donc de nombreuses formes de monture.

    Une des plus anciennes est la forme HIRA TACHI « sabre plat » car le fourreau est plus aplati que sur les modèles ultérieurs. Ce montage est très proche de celui de la monture ITOMAKI NO TACHI où le 1/3 supérieur du fourreau est recouvert de la même tresse que la poignée, et qui était utilisée en temps de guerre, car cette tresse protégeait l'arme du frottement contre l'armure (Illustration 38). Durant l'époque EDO on l'arborait pour affirmer l'ancienneté de sa famille.

    D'autres montures étaient utilisées pour des occasions formelles comme la forme EFU NO TACHI réservée aux gardes Impériaux de l'époque HEIAN, où la poignée n'est pas tressée. Elle se distingue au niveau de la poignée (TSUKA) par un MENUKI (petite pièce de métal ornementale) en forme de pince à épiler stylisée (Illustration 39). Démunie de tresse, elle dérive de la forme KENUKI GATA TACHI « sabre en forme de pince à épiler » de l'époque NARA ainsi nommée car la poignée est percée d'une fenêtre dont la forme évoque (en tout cas pour un Japonais) celle d'une (encore une fois) pince à épiler (Illustration 40). Elle est proche également de la forme HOSODACHI, dont la poignée non tressée est décorée d'une rangée de petits rivets nommés TAWARA BYO « clou en forme de ballot de riz », et qui était portée par les Samouraï de haut rang dans des occasions solennelles (Illustration 41) (pour compliquer le tout, la plupart des auteurs appellent cette dernière forme EFU NO TACHI aussi).

    Citons aussi la forme HYOGO KUSARI qui est suspendue à la ceinture par des chaînes, la forme SHIRI SAYA ou le fourreau est recouvert de fourrure pour le protéger du frottement de l'armure, la forme HIRUMAKI NO TACHI où fourreau et poignée sont entourés d'une bande de métal (Illustration 42) , la forme KAZARI NO TACHI typique de l'aristocratie HEIAN, qui est très inspirée du style Chinois (Illustration 43). On ne peut pas tout citer, d'autres formes existent.

    Les matériaux utilisés pour le fourreau ou la poignée sont en général les mêmes que pour les KATANA (voir plus loin)  mais il y a plus d'éléments métalliques sur le fourreau et les éléments de la poignée n'ont pas toujours le même nom. Par exemple le KASHIRA (pommeau) est remplacé par le KABUTO GANE « casque de métal » et un anneau métallique passe à travers, le SARU TE « bras de singe » auquel on peut fixer une dragonne. L'extrémité du fourreau est recouverte par une pièce de métal artistiquement ajourée nommée ICHIZUKI. Il y a en général 3 SEMEGANE (anneaux de métal) pour renforcer le fourreau et parfois 2 bandes métalliques prolongeant  l'ICHIZUKI de quelques centimètres de chaque côté du fourreau nommées SHIBA HIKI « arracheurs d'herbe ». Deux bandes métalliques supplémentaires, les ASHI KANAMONO « pied de métal », vers le haut du fourreau, vont servir de points de suspension. Des anneaux de cuir renforcés de métal, OBITORI, fixés à ces ASHI, permettent le passage des cordes ou chaînettes suspendant le sabre à la ceinture. Les OBITORI peuvent être remplacés par des triangles métalliques nommés YAGURAGANE. La TSUBA peut être métallique, comme nous en avons l'habitude, mais parfois constituée de plusieurs couches de cuir compressées.

    Les sabres cérémoniels comme le KAZARI se distinguent par l'utilisation de matériaux précieux : laque poudrée d'or, incrustation de nacre et d'or, ou de pierres semi précieuses.

Les montures de KATANA, WAKIZASHI et TANTO

(Illustration 44) (Illustration 45)

    Les montures de ce type sont nommées BUKE ZUKURI. Il est à noter que l'on désigne souvent la monture de KATANA sous le nom de USHIGATANA KOSHIRAE. Pour simplifier, bien sûr, on nomme souvent les montures de WAKIZASHI  ou de TANTO avec TSUBA : KATANA KOSHIRAE (Illustration 46) et sans TSUBA : AIKUCHI. (Illustration 47) (Illustration 48) (Illustration 49) avec des subdivisions telles que AIKUCHI KAIKEN (Illustration 50).

    Comme pour les TACHI, divers styles de monture de KATANA existent : SENDAI (Illustration 51) , HIGO (Illustration 52), NAGAFUKURIN (Illustration 53) et même une monture KAMISHIMO « uniforme réglementaire » ainsi nommée car les décrets du Shogunat TOKUGAWA sur les armes comportaient un tel nombre d'interdictions et d'obligations que peu de variations restaient possibles.

    Les lames sont contenues dans des fourreaux de bois de magnolia, végétal qui ne suinte pas et ne risque donc pas d'endommager le métal. Le fourreau est formé de 2 moitiés, d'abord soigneusement creusées à la taille exacte de la lame, puis collées et laquées. La laque est utilisée sur les fourreaux pour ses propriétés physiques et les possibilités décoratives qu'elle ouvre. A l'origine, c'est une résine végétale d'une couleur jaunâtre que l'on mélange à des colorants et que l'on va étaler en plusieurs couches successives, avec séchage entre chaque épaisseur.

    On va obtenir une structure homogène, apte à être poncée et lissée, et qui, important en ce qui concerne un fourreau, est étanche et protège de la corrosion.

    Les couleurs les plus usitées sont le noir et le vermillon. Des saupoudrages de particules d'argent ou d'or avant le séchage permettent parfois des effets très esthétiques. On a aussi utilisé de la nacre en poudre ou en petites incrustations.

    La poignée (TSUKA) est fabriquée de la même façon, et percée pour le passage du MEKUGI ANA, cheville de bambou qui va fixer la soie dans la poignée. Celle-ci est ensuite généralement enveloppée dans du SAME, peau de raie (le poisson) très résistante.

    Les pièces métalliques sont le KASHIRA (pommeau) et le FUCHI (cerclage de métal de la poignée près de la TSUBA). Ces pièces sont en général décorées « en suite » c'est à dire du même motif par incrustation ou repoussage. (Illustration 54)

    Sous la tresse de soie (MAKI) de la poignée, on trouve 2 MENUKI, un de chaque côté de la poignée, à peu près à la hauteur où se posent les mains. Ils sont faits par paires, sculptés dans du métal. Celui mis du côté OMOTE de la poignée symbolise le principe YANG et celui du côté URA, bien sûr le principe YIN. A l'origine, ils servaient à cacher le MEKUGI.

    La lame reste stable dans le fourreau grâce au HABAKI, pièce de cuivre qui entoure le début de la lame et se coince dans l'entrée du fourreau, empêchant le sabre de flotter dans celui-ci. Il permet aussi de répartir les forces d'impact lors des combats sur toute la poignée.

    Entre le FUCHI et le HABAKI on trouve la garde, la TSUBA qui protège les mains. Cette pièce mériterait de véritables traités à son sujet tant sa forme peut varier et tant on peut y trouver de véritables œuvres d'art. En ce sens, elle pouvait être pour le porteur du sabre un moyen d'affirmer son importance, et on changeait la TSUBA du sabre pour certaines occasions, et parfois aussi d'autres éléments de la monture, et ceci selon une étiquette très précise.

    Elle est métallique, en général de forme arrondie et percée d'une ouverture triangulaire pour le passage de la soie (NAKAGO ANA), et il y a dans chaque coin du triangle de petits morceaux de cuivre mou afin d‘assurer la lame dans cet espace.

    Cette ouverture peut être flanquée de part et d'autre par deux autres ouvertures (HITSU ANA) :

  • le KOZUKA HITSU qui permet de sortir le KOZUKA sans avoir à dégainer le sabre. En fait il faut dire KOGATANA, petit couteau parfois inséré dans un espace spécial du fourreau. Le KOZUKA est le manche ouvragé de celui-ci.
  • le KOGAI HITSU qui permet de sortir le KOGAI, sorte de tige métallique à pointe émoussée dont la fonction était multiple, elle aussi logée dans un espace spécifique du fourreau. Là aussi le manche est ouvragé et en suite avec le KOZUKA. On peut noter que le KOGAI est parfois remplacé par une robuste lame à double tranchant, le UMABARI « aiguille de cheval », propre à la Province de HIGO, qui sert à saigner les jambes des chevaux quand elles sont congestionnées.

    Tous les sabres ne possédaient pas ces accessoires et tous les fourreaux n'étaient pas prévus pour les accueillir. De ce fait, on voit souvent que ces ouvertures on été obturées par des pièces de métal.

    De part et d'autre de la TSUBA, on trouve des SEPPA qui sont des plaquettes ovoïdes, servant de cales d'épaisseur et bloquant celle-ci en position. (Illustration 55)

    Pendant la période EDO, les TSUBA seront volontiers excentriques, incrustées de métal précieux, sculptées.

    L'entrée du fourreau est entouré par un cerclage de corne ou de métal nommé KOI GUCHI « bouche de carpe » qui peut être décorée au même titre que l'ensemble FUCHI  KASHIRA et que l'on trouve plutôt sur les fourreaux de KATANA que de WAKIZASHI.

    Sur la face OMOTE du fourreau, quelques cm en dessous de l'entrée, on trouve un relief nommé KURIGATA « en forme de châtaigne », un petit arceau ou passe le SAGEO, un cordon qui permet d'assurer le fourreau dans la ceinture.

    En dessous du KURIGATA à environ 10 cm, se trouve parfois le ORIGANE (ou KAERIZUNO ou SORITSUNE), relief en forme de petite corne qui sert à empêcher le fourreau de glisser hors de la ceinture. Cet accessoire se retrouve le plus souvent sur des WAKIZASHI de bonne qualité.

    Enfin, à l'extrémité du fourreau et le fermant, se trouve parfois le KOJIRI qui sert à renforcer cette portion. Cette pièce reproduit le plus souvent la décoration du KASHIRA.

    Il existe une hiérarchie des montures : les plus nobles sont les TSUBA, puis on trouve les KODOGU qui regroupent MENUKI, KOZUKA, KOGAI ou UMABARI.

    Ensuite viennent les KANAGU où se placent KOJIRI, KOIGUCHI, FUCHI, KASHIRA, KURIGATA et ORIGANE.

    A partir du début 18e siècle on peut trouver tout l'ensemble de ces pièces en suite : c'est à dire décorées de la même façon : c'est rare et précieux. Il est un peu plus fréquent de trouver TSUBA et ensemble KODOGU en suite.

    Mettons enfin à part la forme de montage SHIRASAYA : la lame est montée dans un fourreau et une poignée de bois blanc, de magnolia toujours, afin de la conserver. Elle est présentée ainsi après un repolissage : on doit alors la nettoyer et la huiler plusieurs fois par semaine afin d'éliminer l'eau qui s'est infiltrée dans les micro failles de l'acier pendant le polissage. La monture d'origine se conserve autour d'une lame de bambou pour que les différentes pièces restent solidaires.

    Cette présentation peut être utilisée pour offrir une lame de prix : le nouveau propriétaire pourra ainsi choisir une monture à son goût. On trouve alors souvent un texte écrit sur le bois précisant l'occasion du don et le bénéficiaire.

Les montures militaires

    Elles doivent être classées à part car si elles sont fréquentes dans les bourses aux armes en France, et bien connues des pratiquants de la Voie du Sabre, elles sont en dehors du classement ci-dessus. La monture imite celle des HANDACHI : semblable à celle d'un TACHI, mais simplifiée et avec un seul anneau de suspension.

    Le fourreau est en métal peint ou en bois recouvert de cuir, le SAME est très souvent synthétique et il y a un petit ressort qui bloque la lame dans le fourreau, et tout ceci sur une lame en acier d'usine laminé : beurk !